La diphtongaison de È et de Ò en roman III

La diphtongaison de È et de Ò en roman III

En occitan, la diphtongaison de È et de Ò se produit devant une palatale, en particulier Y, comme en français, arpitan, italien du nord, rhéto-roman, mais aussi devant W et devant K. On dit qu'il s'agit d'une diphtongaison conditionnée.

Cette diphtongaison suit un processus Ò > UÒ > UÈ, È > IÈ, ainsi nòit > nuòit > nuèit. Les anciens textes en langue d'oc donnent un schéma identique

 

< 13°s

fin 13°s

14°s

ÈI

ei

iei

ÈU

eu

ieu

ÒI

oi

uoi

uei

ÒU

ou

uou

ueu

Les textes eux-mêmes ne permettent pas de dater cette évolution car ils peuvent prolonger une tradition écrite, mais ils permettent cependant de fixer une date au plus tard pour chacun des stades. La diphtongaison avait commencé beaucoup plus tôt ; l'écriture IE/UO témoigne d'un stade déjà avancé, qui avait nécessairement été précédé par des états intermédiaires.

Au schéma général indiqué ci-dessus, il faut ajouter que les textes auvergnats ou vellaves présentent une exception pour ÈI qui est toujours écrit « ei » quelque soit l’époque, sans jamais apparaître avec « iei ». De fait, les parlers actuels de cette zone ont toujours ÈI et ne présentent jamais IEI, alors qu'ils conservent généralement IEU. Une hypothèse pourrait être que ces parlers n'ont pas connu de diphtongaison de ÈI en IEI, mais il est beaucoup plus probable qu'il y a eu une simplification avant d'atteindre le stade IEI ou que ce stade IEI a été éphémère et n'est pas passé sous forme écrite. Les parlers d'Auvergne et du Velay présentent donc toujours les formes lèit « lit », vèlha « vieille », bèissa « bêche », fèira « foire », mèlhs « mieux », mèi « milieu », là où les autres parlers occitans ont lièit/lièch, vièlha, bièissa, fièira, mièlhs, mièi/mièg.

Le parler de Sainte-Sigolène s'insère dans ce schéma commun à l'Auvergne et au Velay. Nous verrons plus tard qu'il a ensuite simplifié les formes IEU, UEI, IEU en EU, EI, EU.

Le français a eu suivant les régions différentes simplifications de IEI, il est devenu EI à l'est, IE à l'ouest, et I dans la zone qui a donné la langue d'état (« lit », « six », « prix », ...)


È et Ò se diphtonguent devant un palatale en roman III (parler sigolénois)

 

R I

R II

R III

R IV

forme écrite

fŏlĭa « feuille »

fòlha

fòlha

fuòlha > fuèlh > fèlh

fèlh > fèlh > fèy

fuèlha

lĕctu « lit »

lèito

lèit

lèit

lèi

lèit

nŏcte « nuit »

nòite

nòit

nuòit > nuèit > nèit

nèit > nèit > nèi

nuèit

vĕtula « vieille »

vètla > vècla > vèlha

vèlha

vèlh

vèlh > vèy

vèlha

fĕrĭa « jour de repos »

fèrya

fèira

fèir

fèir

fèira
« foire »

sĕx « six »

sèis

sèis

sèis

sèi

sèis

On remarquera que la diphtongaison ne s'est pas produite pour des mots comme còire (issu de cŏcere) ce qui montre que la diphtongaison avait commencé avant que DZR ne devienne IR.

A Sainte-Sigolène, on a le plus souvent la forme fuèlha [ 'fɛj(ɔ) ] mais on peut avoir aussi fòlha [ 'fɔj(ɔ) ] qui est l'adaptation d'une forme francoprovençale fòlhi issue de fuòlhi.

Pour « foire », l'occitan a hérité de fĕrĭa tandis que le français a hérité de ferĭa, l'arpitan est partagé entre les deux.


È et Ò ne se diphtonguent pas en roman III devant IR formé par affaiblissement de DR (parler sigolénois)

 

R I

R II

R III

R IV

forme écrite

cŏcere « cuire »

còtsere > còtre > còdre > còdzre

còdzre

còire

kwèire

còire

La proximité des formes comme /kwèire/ avec celles de /kware/ ou /kwère/ des zones arpitanes ne signifie pas une évolution commune. Sur ce point, il semble bien que les formes arpitanes proviennent d'un ancien cueire en roman II, tout comme le français « cuire », cueire aurait nécessairement abouti à kèire à Sainte-Sigolène.

La diphtongaison de Ò ne s'est pas produite devant Yz

(chapître ajouté en avril 2016)

On remarquera que Ò devant ne s’est pas diphtongué dans les régions qui n’ont pas connu le renforcement de DZH en DZH (voir chapître Affaiblissement de DH intervocalique). On a ainsi les oppositions plòia/pluèja « pluie », enòia/enuèja « ennui », tròia/truèja « truie », pòia/puèja « il monte ».

Cependant, le patois de Sainte-Sigolène nous donne peu d’exemple, on a la forme plòva à la place de plòia attendu, tròia n’existe pas (on a caia). On peut citer enòia, apòia « étai, appui ».


È et Ò ne se diphtonguent pas en roman III devant YZ (parler sigolénois)

 

R I

R II

R III

R IV

forme écrite

plŏvĭa > plŏĭa « pluie »
(lat. classique pluvĭa)

plòdha > plòdzha

plòdzha

plòyz

plòy

forme oubliée

appŏdia

apòdha > apòdzha

apòdzha

apòyz

apòy

apòia

enŏdia

enòdha > enòdzha

enòdzha

enòyz

inòy

enòia

La diphtongaison de Ò s'est également produite devant K

On remarquera qu'elle n'aboutit pas à UE.


Ò se diphtongue devant K en roman III (parler sigolénois)

 

R I

R II

R III

R IV

forme écrite

fŏcu « feu »

fògo

fòc

fuòc > fòc

fòc > fyzòc > fyzò > fyò

fuòc

lŏcu « lieu »

lògo

lòc

luòc > lòc

lòc > lyzòc > lyzò > lyò

luòc

jŏcu « jeu »

jògo

jòc



juòc

Pour jŏcu, on attendrait juòc, mais on a jòc [ dzɔ ] ou [ dzwɔ ]. L'arpitan présente ici des formes fue, lue souvent prononcées [ fwa ], [ lwa ].

Page suivante :

Le roman

Auteur : Didier Grange - 2014 - modifié 2016

Parler de Sainte-Sigolène

Le roman

Alphabet étendu

Quelques notions de phonétique articulatoire

Le système vocalique du roman occidental

L’accentuation romane

Sonorisation des consonnes intervocaliques sourdes

Palatalisation de C et de G devant E et I (première palatalisation)

Effacement des voyelles finales E et O

Effacement des voyelles posstoniques

Evolution de V latin

Affaiblissement de B intervocalique

Affaiblissement de D intervocalique

Affaiblissement de DH intervocalique

Affaiblissement de G intervocalique

Effacement de N instable en fin de mot

Conservation de AU primitif

La diphtongaison de È et de Ò en roman I

La diphtongaison de E et de O en roman II

Le groupe CT est devenu YT

La diphtongaison de È et de Ò en roman III

Formation de U antérieur, fermeture de O ( Ụ )

Introduction des mots savants

Disparition du système de cas

Le système vocalique sigolénois

Séparation de A antérieur et de A postérieur

La palatalisation moderne

E peut être prononcé I

Simplification des triphtongues

La prononciation proclitique

Les mots brefs

Effacement de S

Effacement de L

Effacement des consonnes finales

Consonantification des voyelles

Déplacement d'accent

Le suffixe ÈIR/ÈIRA

Le suffixe AOR devenu ÒUR

Palatalisation de GL

E devant R

L'interdiction

La négation

La restriction

L'action répétée

Les articles

Les pronoms

Les articles et pronoms démonstratifs

Les adjectifs et pronoms possessifs

Les adjectifs numéraux

Le sujet indéfini

Le présent simple

Le présent composé

Le passé simple

L'imparfait

Le futur simple

Le conditionnel

Le subjonctif

L'impératif

Conjugaison de Èsser

Conjugaison de Aver

Conjugaison de Faire


Marraire
Tèrras occitanas de Velai e Vivarés
Çais sètz benvengut.
Diumenge 23 d'abrial de 2017
sèis oras manca tretze
A Prepaus | Mapa | Letra Marraire |
Crotz