La palatalisation moderne

La palatalisation moderne

T, D, K, G sont palatalisés devant I/Ụ au cours du roman IV

Cette palatalisation se produit devant I/Ụ et devant les consonnes correspondantes Y et . Rappelons que palatalisation veut dire que la langue s’appuie sur le palais pour articuler ces consonnes, dans le cas de T et D, la langue recule jusqu’à la zone du palais, dans le cas de K et G la langue avance jusqu’à la zone du palais.

La palatalisation des consonnes devant les voyelles fermées n’est pas en soi une particularité, c’est une tendance générale et naturelle qui rapproche l’articulation de la consonne et celle de la voyelle. En anglais, la consonne T est par exemple palatalisée devant U : tune, … Les résistances à cette palatalisation sont variables. Chez nous, cette palatalisation est allée loin, elle amène à confondre sous une même prononciation T et K, D et G. C’est une prononciation qui s’étend sur les parlers d’Auvergne et du Velay, mais que l’on a aussi dans la région de Gap.

Palatalisation moderne en parler de Sainte-Sigolène

 

+ A/O/E/
Yz/W

+ I/Ụ/
Y/Ẉ

T

T [ t ]

TH [ tj ]

D

D [ d ]

DH [ dj ]

K

K [ k ]

TH [ tj ]

G

G [ g ]

DH [ dj ]

partir [ paʀ’tji ], tisana [ tji’zan(ɔ) ], tussir [ tjy’ȝi ], tu [ tjy ] « tu, toi », tiá [ tjjɔ ] « tienne », tuar [ tjɥa ], dire [ ‘djiʀ(ø) ] « dire », aquí [ atji ] « là », agulha [ a’djyj(ɔ) ] « aiguille », cuol [ tjiu ] « cul ».

Les consonnes T, D, K, G sont des occlusives, c’est-à-dire qu’il y a obstruction complète du passage de l’air dans la bouche (occlusion), le son étant formé au moment du relâchement (désocclusion). TH [ tj ] n’est pas TY [ tj ], notre patois connaît l’un comme l’autre mais ne les confond pas : TH est une seule consonne tandis que TY représente deux consonnes avec un changement d’articulation entre les deux. Il en est de même pour DH et DY. Cependant, TH est généralement prononcé en laissant l’air s’écouler avant la fin de l’articulation (affrication), on entend alors TZH [ ɕ ] en fin de consonne. Dans ce cas aussi, cela reste une seule consonne, il n’y a pas de changement d’articulation mais juste un relâchement de tension. Cette affrication ne se produit pas dans le cas de DH [ dj ], on n’entend pas DZH  [ ʑ ].

Cette réalisation affriquée est plus ou moins nette suivant les mots et suivant le débit de l’élocution, aussi je ne prendrai qu’une seule notation [ tj ]. Auguste Januel, en très fin connaisseur du patois sigolénois, note « tll » pour TH non affriqué (« itlliou » estiu [ øitjiu ]), « tch » pour TH affriqué (« atchi » aquí [ a’ʨi ] ). Indiquons aussi que la prononciation palatale régresse parfois lors d'une prononciation moins énergique, on a alors par exemple aquí [ aki ] avec K légèrement palatal (on pourrait s'attendre à avoir [ t∫ ]).

Nous assistons à la reproduction exacte de la palatalisation qu'a connu le latin parlé avant le 4 °siècle, quand des formes comme cima [ 'kima ] « cime » sont devenues [ 'tjima ] puis [ 't∫ima ]. Nous sommes ici encore dans la phase de prononciation énergique qui est à l'origine de cette palatalisation ; l'interruption de la transmission naturelle ainsi que la déconnexion du patois de la vie sociale nous privent d'observer la suite, elles interviennent à un moment où on pressent qu'on avait atteint un point de basculement où d'autres générations allaient ouvrir une phase d'articulation molle, réplique du passage à [ t∫ ].

S, Z sont palatalisés devant I/Ụ au cours du roman IV

La palatalisation moderne concerne aussi S et Z qui deviennent chuintants : cima [ ’∫im(ɔ) ], rasim [ ʀa’ȝĩ ] « raisin », civaa [ ∫i'va ] « avoine », vesin [ vøȝi ] « voisin », ...

La voyelle posttonique est absorbée par la palatalisation : defèci [ 'difɛ(ø) ] « honte », quasi [ ‘kaȝ(ø) ] « presque », ..

On remarquera que CH et J font exceptions. On s'attendrait à avoir CH [ t∫ ] et J [ dȝ ],devant I/Ụ, mais on a toujours CH [ ts ] et J [ dz ] : legir [ lø'dzi ] « lire », gima [ 'dzim(ɔ) ] « crème », gis [ 'dzi ] « aucun », …

Par ailleurs, dans le patois sigolénois, le S n’est absolument pas chuinté en dehors de ce contexte ; nous ne connaissons pas la prononciation typique du coeur du massif occitan. Cependant, rien ne nous indique que cette prononciation n’était pas étendue autrefois jusqu’à notre secteur, elle a très bien pu disparaitre pour se renforcer devant I/.

La différence d’articulation de S devant I/U est absolument régulière, même dans des mots dont on peut supposer qu’ils sont empruntés depuis peu. Voici quelques exemples :

Palatalisation de S/Z en parler de Sainte-Sigolène

S/Z + I/Ụ/Y/Ẉ

S/Z + A/O/E/YZ/W

sus « sur »

[ ∫y ]

passar « passer »

[ pa’sa ]

suc « suc »

[ ∫y ]

sac « sac »

[ sa ]

sucre « suc »

[ ’∫ykʀ(ø) ]

sason « saison »

[ sa’zu ]

eissuar  « essuyer »

[ i’∫ɥa ] / [ i∫y’a ]

sechar « sécher »

[ sø’tsa ]

eissu(t)  « sec »

[ i’∫y ]

sopa « soupe »

[ ’sup(ɔ) ]

benesir « benir »

[ bønø’ȝi ]

sòr « soeur »

[ sɔʀ ]

Sinjau « Yssingeaux »

[ ∫ĩn’dzau ]

sèt « sept »

[ se ]

fusilh « fusil »

[ fy’ȝi ]

brasa « braise »

[ ’bʀaz(ɔ) ]

musica « musique »

[ my’ȝik(ɔ) ]

sentir

[ s'tji ]

fasiá « il faisait »

[ fa’ȝjɔ ]

ceal « ciel »

[ sja ]

siaton « petite assiette »

[ ∫ja’tu ]



torçuá « tordue »

[ tuʀ’∫ɥɔ ]



siá « sienne »

[ ∫jɔ ]



la finta cima “extrémité, sommet ” (d’un arbre), cela désigne le sommet absolu, le plus haut point.

Le nom de la commune connaît une double forme, soit Santa Segolena [ sta søgu’lønɔ ], soit Santa Sigolena [ sta ∫igu’lønɔ ].

N est palatalisé devant I/Ụ

Palatalisation de N en parler de Sainte-Sigolène

N + I/Ụ/Y/Ẉ

N + A/O/E/YZ/W

nial « nichet »

[ ɲa ]

anar « aller »

[ a’na ]

nimai « non plus »

[ ɲimai ]

nas « nez »

[ na ]

fenir , finir « finir »

[ fø'ɲi ], [ fi'ɲi ]

no « nœud »

[ nu ]

venir « venir »

[ vø'ɲi ]

nebo(t) « neveu »

[ nø’bu ]

menuta, minuta « minute »

[ mø'ɲyt(ɔ) ], [ mi'ɲyt(ɔ) ]

neu « neige »

[ nøu ] , [ niu ]

nu « nu »

[ ɲy ]

anèl « anneau »

[ a'ne ]

nuá « nue »

[ ɲɥɔ ]

nòça « noce »

[ nɔ's(ɔ) ]



near « noyer »

[ nja ]

L est palatalisé devant I/Ụ

La palatalisation des consonnes devant I/ concerne également L. Il semble d’ailleurs que ce soit ici la plus anciennement palatalisée. La tradition écrite occitane utilise le signe H pour indiquer que la consonne est palatalisée (ou mouillée). Ainsi, LH indique un L palatal prononcé classiquement [ ʎ ] (catalan lluna) . A Sainte-Sigolène, LH est devenu [ j ] (comme français « maillot » ), mais les parlers du secteur du Lizieux, plus conservateurs, ont gardé L palatal [ ʎ ]: merluça [ ma’ʀjys(ɔ) ] « morue », esliuça (f.) [ øijius(ɔ) ] « éclair », lusir [ jy’ȝi ] « luire, briller », luna [ ’jyn(ɔ) ] « lune », bolicar [ buji'ka ] « remuer », espelir [ øipø'ji ] « éclore », litre [ 'jitʀ(ø) ], libre [ 'jibʀ(ø) ] « livre », …,

LHY est devenu LY: liam  [ lj ] « lien », luòc « lieu », liar « lier »

Paja seguenta




Auteur: Didier Grange - 2014- modifié- 2016

Parler de Sainte-Sigolène

Le roman

Alphabet étendu

Quelques notions de phonétique articulatoire

Le système vocalique du roman occidental

L’accentuation romane

Sonorisation des consonnes intervocaliques sourdes

Palatalisation de C et de G devant E et I (première palatalisation)

Effacement des voyelles finales E et O

Effacement des voyelles posstoniques

Evolution de V latin

Affaiblissement de B intervocalique

Affaiblissement de D intervocalique

Affaiblissement de DH intervocalique

Affaiblissement de G intervocalique

Effacement de N instable en fin de mot

Conservation de AU primitif

La diphtongaison de È et de Ò en roman I

La diphtongaison de E et de O en roman II

Le groupe CT est devenu YT

La diphtongaison de È et de Ò en roman III

Formation de U antérieur, fermeture de O ( Ụ )

Introduction des mots savants

Disparition du système de cas

Le système vocalique sigolénois

Séparation de A antérieur et de A postérieur

La palatalisation moderne

E peut être prononcé I

Simplification des triphtongues

La prononciation proclitique

Les mots brefs

Effacement de S

Effacement de L

Effacement des consonnes finales

Consonantification des voyelles

Déplacement d'accent

Le suffixe ÈIR/ÈIRA

Le suffixe AOR devenu ÒUR

Palatalisation de GL

E devant R

L'interdiction

La négation

La restriction

L'action répétée

Les articles

Les pronoms

Les articles et pronoms démonstratifs

Les adjectifs et pronoms possessifs

Les adjectifs numéraux

Le sujet indéfini

Le présent simple

Le présent composé

Le passé simple

L'imparfait

Le futur simple

Le conditionnel

Le subjonctif

L'impératif

Conjugaison de Èsser

Conjugaison de Aver

Conjugaison de Faire


Marraire
Tèrras occitanas de Velai e Vivarés
Çais sètz benvengut.
Divèndres 18 d'aost de 2017
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